la finition de meublesL'ARMOIRE D'HABITANT - CETTE GRANDE MÉCONNUEL'armoire d'habitant - cette grande méconnue
L'armoire est la pièce la plus importante du mobilier traditionnel. Au début de la colonie, elle est parfois absente dans les habitations les plus modestes où elle n'a pas encore remplacé le coffre. Par contre, on la retrouve presque partout ailleurs, et ce à toutes les étapes de l'histoire. Elle s'est imposée comme le meuble de rangement idéal, se multipliant au même rythme que celui des effets à ranger. Présente dans une grande variété de formes, elle reflète la condition sociale du milieu où elle est. Il y a toute une gamme d'artisans à qui nous sommes redevables de la fabrication de meubles typiques tout au cours de l'histoire du Québec, mais c'est surtout aux menuisiers et aux sculpteurs que nous devons les pièces d'influence française les plus remarquables et les mieux connues de notre patrimoine. Pour leur part, les meubles de placage d'esprit anglais, fabriqués par des ébénistes, n'apparaissant qu'après la conquête. Une étude même exhaustive de la production de tous ces différents "meubliers " ne saurait nous donner un portrait complet de notre ameublement traditionnel. Il y manquerait un élément important, le mobilier né de la nécessité et de l'ingéniosité des premiers habitants. En effet, durant les premiers siècles de son histoire, le Québec est pauvre. Cette pauvreté aussi bien que l'isolement imposé par les longs hivers incitent tous et chacun à fabriquer eux-mêmes les objets de la vie quotidienne. Nora Dawson dans La vie traditionnelle à St-Pierre, Île d'Orléans nous raconte : « Il paraît qu'autrefois tous les hommes de la paroisse se piquaient d'être menuisiers à leur façon, de sorte que chaque nouveau marié faisait lui-même son "ménage de noces " » Cette tradition se retrouvait dans toutes les vieilles paroisses. C'est sans doute pourquoi il s'y est fabriqué plus de meubles sans le secours du menuisier ou de l'ébéniste que dans les villes. L'armoire d'habitant se distingue d'abord par sa grande simplicité. Petit garde-manger, bonnetière, buffet ou armoirette à une, deux ou quatre portes, ce sont toujours ses portes qui témoignent de son origine. Ces portes sont formées d'une ou de plusieurs planches verticales réunies entre elles par des clés (planchettes clouées ou insérées à queues d'arondes). Elles sont posées sur le cadre de la façade qui est simplement cloué à deux larges planches formant les côtés de l'armoire. Une série de planches horizontales forment le dos et le tout est recouvert de l'entablement excédant légèrement le bâti. Sévère d'aspect, elle sera ornée de diverses façons : traverses chantournées, étroites moulures placées sous l'entablement, stries ou moulures ajoutées en façade sont les plus usuels ornements. Ce type d'armoire est aussi répertorié de façon inusitée. Ainsi, dans les documents anciens, tels les inventaires après décès, on l'appelle " à la grossière " pour la distinguer des meubles " de menuiserie " ou " d'assemblage " qui sont plus raffinés. Elle est aussi désignée comme étant faite " de main fruste ", c'est-à-dire par des personnes ne possédant pas l'art de la menuiserie. De nos jours, ces meubles " à la grossière " sont identifiés comme meubles paysans, rustiques ou primitifs. Il s'agit là de termes inappropriés, s'appliquant aussi bien à nos plus belles armoires d 'esprit Louis XV, lorsque nous les comparons aux grands styles de Versailles. C'est l'imprécision même de ces qualificatifs qui me pousse à privilégier l'appellation « armoires d'habitant » qui témoigne plus fidèlement, à mon avis, de l'essence profonde de ces meubles et du quotidien de leurs constructeurs. Il ne faut pas ici prendre le mot « habitant » dans son sens péjoratif actuel, mais plutôt y voir un hommage à nos premiers défricheurs qui portaient ce titre avec fierté. L'armoire d'habitant n'est pas une création québécoise; comme les armoires de menuiserie elle est d'inspiration française. D'ailleurs, on en retrouve des spécimens apparentés aux nôtres dans les musées d'Annecy et de Chambéry, en Savoie, et dans la reconstitution de l'atelier d'un forgeron du XVIIIe siècle au musée des Arts et Traditions Populaires de Paris. Au XIXe siècle, la vie devint plus facile : la terre rapportait plus, le troupeau s'était multiplié. La famille atteignant une certaine prospérité, on délaissa peu à peu la fabrication artisanale de meubles pour commander ses pièces de menuiserie plus décoratives, moins pauvres d'allure. Moins pauvres, voilà le tout résumé. Mais, ce que l'on qualifiait alors de pauvre, n'est-ce pas justement cette simplicité esthétique, ce dépouillement caractéristique du design contemporain d'où tout superflu est banni? J'ai toujours attaché une grande importance à l'armoire d'habitant et ai longtemps déploré cette espèce de conspiration du silence à son égard : on en voit peu dans les musées, aucun livre ne lui fut consacré. Le mobilier est le miroir du peuple et celui de l'habitant présente une image de solidité et de beauté reflétant le souci du détail et du travail bien fait. Aujourd'hui, je suis heureux de constater que mon attrait pour cette humble représentante de notre patrimoine mobilier est enfin partagé; des collectionneurs de plus en plus nombreux reconnaissent maintenant que c'était « de la belle ouvrage » comme disaient orgueilleusement les anciens. Et c'est cette qualité qui nous la rend si précieuse. Robert Picard ..............POUR MAGAZIN'ART Toute reproduction partielle ou intégrale, de ce texte, par quelque robert.picard.antiquaire@videotron.ca
Article ajouté le 2008-02-21 , consulté 229 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " COUPS DE COEUR "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |