la finition de meublesLES HORLOGES À L'HEURE QUÉBÉCOISELes horloges à l'heure québécoise
Au début du XVIIe siècle, l'horloge demeure en Europe un objet de grand luxe, réservé uniquement à une élite très restreinte. Il n'est donc pas surprenant de constater que seulement quelques exemplaires de ce précieux instrument aient été inventoriés chez les mieux nantis de la Nouvelle-France. Champlain possédait une horloge qui, paraît-il, fascinait littéralement les "Indiens" Ceux-ci passaient des journées entières à écouter le tic-tac, attendant que "l'esprit de l'objet" se manifeste par sa sonnerie. Ennuyé par leur présence constante, le fondateur de Québec leur apprit à lire l'heure, et surtout à reconnaître celle du souper. Dès lors, chaque soir, sur le coup de six heures, l'Habitation se vidait de ses hôtes. On suppose que le peuple fabriquait probablement des horloges solaires rudimentaires et qu'elles pouvaient être assez courantes, mais comme elles ne coûtaient et ne valaient à peu près rien, on n'en faisait as mention dans les inventaires." (1) Le sablier et la chandelle graduée connurent également la faveur populaire, mais l'Angelus demeurait le guide auquel on se référait le plus souvent. On le sonnait matin, midi et soir. Dans les villes on sonnait également le couvre-feu à neuf heures. Les agents du guet faisaient alors leur ronde, clamant l'heure à ceux qui auraient tardé. (2) C'est à Montréal que revient l'honneur d'avoir eu la première horloge publique en Nouvelle-France et ce, vers la fin du XVIIe siècle. Avant 1730, toutes nos horloges venaient de France et coûtaient fort cher. Les horlogers de ce pays avaient alors la réputation d'avoir surpassé tous leurs devanciers, surtout les anglais. Élevant leur art au rang de science ils se méritèrent le titre d'ingénieur pour la qualité de leurs travaux. (3) C'est vers cette époque que l'on voit arriver le premier horloger au pays; Pierre-Henri Solo, marchand horloger, s'établit à Québec aux environs de 1727. Il fut bientôt suivi de Jean-Baptiste Filiau dit Dubois (Montréal, 1729). Jean Froment (Québec, 1750), François Valin (Québec, 1750) et Jacques Gosselin (Québec, 1755). On ne sait à peu près rien de leurs travaux à l'exception de ceux de Filiau dit Dubois. Né à Québec, Dubois fit son apprentissage chez Jean Dauphin, maître menuisier et sculpteur demeurant au faubourg St-Nicolas, Quartier du Palais. C'est à Québec qu'il aurait rencontré un horloger (probablement Solo) qui lui donna des détails du métier. Il s'installe ensuite à Montréal à titre d'horloger où il fabriqua, dit-on, des horloges de son invention tout en continuant à faire des travaux de menuiserie et d'ébénisterie. Il participa, entre autres, avec Martin Cirier à la fabrication des boiseries de l'église de Longue-Pointe. (4) Pehr Kalm, un naturaliste suédois, de passage à Montréal en 1749 rapporte "qu'une personne de cette ville fabrique fort bien des horloges murales et des montres de poche et qu'elle aurait appris cet art par ses propres moyens". (5) Il s'agit très certainement de Dubois, qui était alors considéré comme une personnalité parmi ses concitoyens, dictant l'heure des audiences, des offices religieux et celle de l'Angelus. "Tout Montréal se levait et se couchait à l'heure qu'il avait réglée et qui faisait loi." (6) Il est intéressant de noter qu'en 1929, Massicotte établissait, suite à de savant calculs, à environ 1 000 $, la valeur approximative d'une horloge à la fin du Régime Français. (7) Il ne vous reste qu'à calculer ce que vaudraient cette somme aujourd'hui, pour vous faire une idée de la fortune que l'on devait dépenser pour ce petit caprice. Aussitôt après la Conquête, des horlogers anglais s'installent au pays. Les plus fameux sont, James Godfrey Hanna (Québec, 1760) et James Orkney (Québec, 1780-1820). C'étaient des ébénistes de grand talent, auxquels nous devons de magnifiques horloges aux boîtiers d'acajou solide ou plaqué, avec des incrustations de diverses essences de bois, mais dont les mouvements étaient importés d'Angleterre. Leurs traces seront bientôt suivies par C.S.H. Bellerose (Trois-Rivières, 1800-1843) et Joseph Petit Clair (Montréal, 1820-1830). François Dumoulin (Montréal, 1785-1800), James Grant (Montréal, 1790-1800) et C.J.R. Ardoin (Québec, 1822-1865) se spécialisaient, quant à eux, dans les petites horloges console, important, eux aussi, leurs mouvements d'Angleterre. Ce type d'horloges beaucoup moins populaires à l'époque que les horloges grand-père sont aujourd'hui presque introuvables. Coupés de l'Angleterre après la Révolution, les américains ont de graves difficultés à se procurer des mécanismes pour leurs horloges. De plus, l'approvisionnement en métaux est difficile. Ils se tournent alors vers des mécanismes de bois, inspirés de mouvements qui ont connu leurs heures de gloire en Allemagne et en Suisse. La Nouvelle-Angleterre allait devenir le berceau de l'industrie horlogère en Amérique. C'est naturellement de là qu'allaient venir ceux qui vont révolutionner cet art chez-nous. Hiram Twiss fonda, vers 1800, une fabrique d'horloges, qui connût un vif succès, à Meriden au Connecticut. Ses fils allaient faire de même au Québec et mettre enfin cet objet à la portée de presque toutes les bourses. Austin Twiss s'installe à Côte-des-Neiges en 1821. Il sera bientôt suivi de ses frères Benjamin, Joseph, Ira et Russell. Leurs horloges "grand-père" au boîtier de pin, aux peintures imitant les veinures des bois précieux et aux mécanismes de bois d'une extrême simplicité allaient envahir le marché canadien. Oeuvrant tantôt à Montréal, à Longueuil, à Laprairie, à Québec ou à St-Liguori, les frères Twiss Indépendemment ou deux ou trois ensemble, selon les années, ont réussi une production massive de pièces de qualité, relativement fiables et peu onéreuses.(8) Leur succès leur valut d'être imités. Entre autres, Joseph Balleray produisit à Longueuil de nombreuses horloges en tout point semblables à celles des frères Twiss. Vers 1860, la popularité des horloges "grand-père" allait cependant décliner au profit d'une autre invention américaine l'horloge murale, que nos voisins avaient baptisée "OG" et que l'on surnomma au Québec "grand-père des pauvres". La production massive de ce type d'horloge, aussi à mouvement de bois, allait permettre des coûts de production tels que désormais plus un seul foyer ne serait privé de l'heure. Mais cette heure allait être, désormais, plus souvent américaine ou ontarienne que québécoise. TEXTE DE M Robert PICARD robert.picard.antiquaire@videotron.ca 1. BERGERON Yves - Revue d'Ethnologie du Québec / 9, 1979, p.39 Toute reproduction partielle ou intégrale, de ce texte, par quelque denis Boulianne www.finition-de-meubles.com
Article ajouté le 2008-05-20 , consulté 232 fois Commentairesnormand Piché le 21/05/2008 à 23:31:31Très interessant cette histoire d'horloge, ça remet les pendules à l'heure. LiensVoir les articles de la catégorie " COUPS DE COEUR "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |